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Djibouti / Politiques / Opposition
Ahmed Dini : « En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a limpression que le gouvernement sefforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. » Deux ans après la signature de lAccord de réforme et de concorde civile, dans un entretien avec Les nouvelles d'Addis, Ahmed Dini Ahmed s'étonne de l'attitude du gouvernement qui, ne respectant pas sa signature, « empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile ». Il aborde aussi les malversations diverses, la misère matérielle et morale de la population, les difficultés faites à l'opposition, la fraude électorale, et il insiste sur sa démarche en direction de l'Organisation internationale de la Francophonie, en faveur d'un désaveu de la politique djiboutienne.
LNA. Nous nous retrouvons pour votre cinquième entretien avec Les nouvelles dAddis. Nous sommes le 12 mai, cest un anniversaire, le deuxième anniversaire de lAccord de réforme et de concorde civile, que vous avez signé avec le gouvernement djiboutien. Aujourdhui, cest un euphémisme de dire quen regard du nombre dengagements pris par les parties signataires, il ny a pas forcément de quoi être très satisfait du résultat. Jaimerais avoir votre point de vue à ce sujet. Où en est-on de la mise en uvre de cet accord, deux ans après ? Le gouvernement, en oubliant lexistence de cet accord, maintient les causes du conflit civil. En refusant de mettre en uvre la thérapeutique, il refuse de réparer les préjudices causés par cette guerre civile. En refusant de mettre en place les réformes prévues pour le non renouvellement de la guerre civile, on a limpression quil sefforce à ce que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Nous ne comprenons pas les démarches dun gouvernement national qui empêche la création des conditions nécessaires à la paix civile. Notre partie, cest-à-dire la population et les signataires non-gouvernementaux de cet accord, tient tellement à lapplication de cet accord quaujourdhui, deuxième anniversaire de laccord, un meeting est organisé et la direction des quatre partis de lopposition nationale a décidé de faire du 12 mai, la journée nationale de la paix civile. Pour nous, cest très important, alors que nous avons en face de nous, un gouvernement qui considère cet accord, comme nul et non avenu. LNA. Navez-vous pas limpression que le gouvernement cherche à pousser lopposition à la faute ? Que le premier sang versé pourrait lintéresser ? LNA. Les gens qui nétaient pas très favorables à cet accord disent, quau moment de la signature, le gouvernement espérait recevoir quelques subsides. Montrer un profil correct et sans plus ; quil nétait pas dans ses systèmes den appliquer les termes. LNA. Nexiste-t-il pas aussi lhypothèse que le pouvoir ne soit pas pressé dappliquer laccord dans sa globalité, et de donner ainsi à tous les acteurs politiques et aux citoyens laccès aux données financières, etc. Ceci pouvant mettre au jour déventuelles malversations, actes de corruption ou autres ? Ce qui se passe à Djibouti dépasse la nature de la corruption. La corruption se passe entre corrupteurs et corrompus. Étant donné que cest un acte peu honorable, cela se passe en cachette. On cache la corruption comme on cache un vice. À Djibouti, bien quil y ait des corrupteurs et des corrompus, ce qui se passe est dune autre nature. Comme tout état moderne, nous avons des institutions, dont lensemble constitue lÉtat. Ces institutions sont lexécutif, le législatif, le judiciaire, etc. Aucune de ces institutions ne remplit ses fonctions. On constate que chaque pouvoir, dans son créneau, se trouve en embuscade, une véritable embuscade. Tout ce qui passe à sa portée est happé et privatisé. Et chaque pouvoir, au lieu de limiter le pouvoir de lautre et de matérialiser ainsi léquilibre de lÉtat, est complice avec son vis-à-vis. Complicité entre lexécutif et le législatif et complicité entre judiciaire et les deux premiers. Les potentialités du pays sont prises en otage, par ceux qui devraient les gérer. Au lieu de gérer le pays, ils lingèrent. « Glup ! Avalé ! » La nature des malversations qui sévissent à Djibouti est absolument différente de ce que lon nomme ailleurs, la corruption. Cela saggrave de jours en jours, de mois en mois, dannées en années. De telle sorte que le pays ne se développe pas. Ceux qui sont au pouvoir senrichissent, le peuple sappauvrit. Le pays devient de plus en plus pauvre. Alors que le budget est de plus en plus gonflé. Au commencement du conflit civil, le budget national était dun peu plus de 25 milliards de francs Djibouti. Avec ces 25 milliards, ladministration fonctionnait et les salaires étaient versés mensuellement. Les pistes étaient entretenues, les services de santé fonctionnaient, les malades hospitalisés étaient nourris, les cantines scolaires fonctionnaient normalement. Maintenant, douze ans plus tard, le budget a presque doublé, il est de 41 milliards de francs Djibouti. Lentretien des pistes est supprimé ; de temps en temps, larmée française entretient quelques tronçons, mais le gouvernement de Djibouti nentretient plus les pistes, dans les régions de lintérieur. Cette année, le budget pour lalimentation des malades hospitalisés a été officiellement supprimé. Jusquà 2002, ce budget existait, mais il nétait pas consacré à lalimentation des malades, il était détourné. Les malades qui sont hospitalisés dépendent de personnes extérieures pour leur nourriture ; sils nont personne, ils nont plus quà mourir dinanition. Les cantines scolaires sont fermées. Les salaires sont en retard, les arriérés sont de plusieurs mois. On ma dit que pour certains, cela pouvait aller jusquà huit mois. Les pensions de retraite ne sont pas payées, non plus. Il y a des retards, là aussi. Et le budget est doublé. Nous sommes en présence dune situation totalement aberrante. Ce nest ni un État organisé, ni un État anarchique. Ce sont les institutions embusquées qui sapproprient les potentialités du pays. LNA. Dans un rapport d'information de la commission des Affaires étrangères du Sénat français, qui vient de paraître (1), la gestion des recettes et aides par le gouvernement djiboutien semble brocardée. Je cite trois extraits : 1) « Les élections générales du 10 janvier 2003 ont donc été organisées dans un climat de liberté d'expression jamais connu auparavant, et leurs résultats ont manifesté une nette percée de l'opposition, même si le mode de scrutin (liste majoritaire à un tour) a permis à la majorité sortante de remporter les 65 sièges de l'Assemblée. Cette émergence de l'opposition (37 % des voix dans la ville de Djibouti) traduit sans doute le désarroi d'une population qui ne bénéficie d'aucune retombée des masses financières que le Gouvernement tire de l'activité portuaire et de la présence des troupes étrangères sur son sol. » Concernant les trois extraits que vous citez : 1) Tant que les élections se déroulaient sous le régime du parti unique, il nétait pas question de liberté dexpression puisque le parti au pouvoir était le seul à avoir droit à la candidature, sur liste unique automatiquement élue. Depuis 1992, la liberté dexpression pendant la campagne électorale a toujours existé mais cest la transparence et lhonnêteté du scrutin qui continuent de faire totalement défaut, malgré la liberté de la campagne électorale prévalent depuis 12 ans déjà. Le score officiellement reconnu à lopposition dans la capitale nest pas de 37%, comme lécrit le rapport du Sénat, mais bien de 45% (44,97%) après la rétention délibérée par ladministration de toutes les cartes délecteurs appartenant aux partisans et sympathisants de lopposition, et la délivrance des cartes multiples et des ordonnances aux partisans et sympathisants du régime. Le vote pour lopposition traduit sûrement le désir dune population qui veut se débarrasser dun régime devenu insupportable, qui lopprime depuis lindépendance en 1977. 2) La population nest pas loin de considérer quelle nest pas le véritable destinataire de laide consentie au gouvernement. Et il est donc devenu normal de ne pas bénéficier des retombées positives. Il sagit, comme nous lavons dit ailleurs (2), dune coopération connivence entre les pays donateurs et le régime djiboutien. Ce nest pas la confidentialité de la dernière convention financière entre la France et Djibouti qui le démentira ; ni le contrat de gestion, lui aussi confidentiel, du Port et de lAéroport de Djibouti avec le Port de Dubaï. 3) Au contraire, ce qui est préoccupant, cest la maïtrise absolue, opaque et irrégulière des disponibilités financières aux mains du gouvernement djiboutien, sans aucun contrôle. LNA. Donc, en janvier 2003, ont eu lieu les premières élections multipartites à Djibouti. Officiellement, la coalition des partis au pouvoir a remporté ces élections législatives. Les partis dopposition, dont votre parti, lAlliance républicaine pour le développement, ont contesté ces résultats. Quen est-il aujourdhui de vos démarches sur cette question ? Nous avons participé aux élections. Nous avons eu loccasion de nous exprimer librement, de tenir nos meetings librement et en paix, malgré le déséquilibre de la couverture médiatique. Lorsque nous avions 5 ou 6 minutes dantenne à la télévision ou à la radio (en dehors des temps de la campagne officielle), les partis au pouvoir avaient 55 minutes. Malgré cela, nous avons participé à lélection. Le jour de lélection, nous avons désigné nos représentants, nos délégués et le pouvoir a désigné les membres des bureaux de vote, cest-à-dire, le président, le secrétaire et les accesseurs. On nous a refusé la possibilité de désigner des accesseurs. Nous avons protesté contre le fait que les membres des bureaux étaient désignés en fonction de leur appartenance politique et de leur proximité familiale avec les candidats gouvernementaux. Nous avons saisi le Conseil constitutionnel en disant, M. Untel est parent avec le candidat Untel, etc. Bien sûr, le Conseil constitutionnel nen a pas tenu compte. Dans la moitié des cas, cest-à-dire pour plus de 82.000 électeurs sur 178.000, les cartes électorales ne comportaient ni la désignation de leur bureau de vote, ni ladresse. De telle sorte quils ne savaient pas où sadresser pour retirer leur carte et où se rendre pour voter. Le gouvernement a rendu impossible la rencontre entre lélecteur et sa carte. Ces cartes-là sont restées en possession du gouvernement qui les a utilisées pour le bourrage des urnes. Nimporte qui pouvant voter avec nimporte quelle carte dans nimporte quel bureau. Nous avons apporté les preuves de tout cela devant le Conseil constitutionnel. Le Conseil constitutionnel nous a déboutés, sans se livrer à aucune instruction judiciaire du dossier. Nous avions vraiment préparé le dossier à lintention du Conseil constitutionnel. Nous lui avions demandé dexaminer les listes démargement parce quil est obligatoire que chaque fois quun électeur a voté, il signe son vote par lapposition de son pouce gauche. Dans le cas où il y a eu un bourrage durnes, il ny avait pas dempreintes sur la liste démargement. Dans le cas où le bourreur durne apposait sa propre empreinte, pour faire croire quil y a eu des votes, les empreintes étaient identiques pour tous les électeurs. Nous avions donc demandé au Conseil dexaminer cette liste et il a refusé. Les procès-verbaux des bureaux de vote, en dehors de la ville de Djibouti, étaient tous des faux, dans la mesure où nos délégués ont été empêchés de participer à leur rédaction. Nous lavons dit également au Conseil constitutionnel et nos délégués lont écrit ; le Conseil nen a tenu aucun compte. Les élections préparées unilatéralement, truquées le jour du scrutin et avalisées in fine par le Conseil constitutionnel, il ny a plus de recours désormais à lintérieur de Djibouti. Mais nous avons dautres recours extérieurs que nous avons entrepris. Djibouti fait partie dorganisations internationales, telles que par exemple, lOrganisation internationale de la francophonie (OIF), qui a envoyé des observateurs lors de ces élections. Nous avons donc saisi cette organisation, apportant devant elle, le dossier que nous avions déposé devant notre Conseil constitutionnel et nous avons demandé à lOIF de suspendre la section de Djibouti de sa qualité de membre de lAssemblée parlementaire francophone (3). LNA. Comment la frustration de la population djiboutienne peut-elle se contenter de ces démarches institutionnelles ? LNA. Le multipartisme intégral est officiellement entré en vigueur à Djibouti. Or, récemment on a assisté à des événements qui permettraient den douter. Que pensez-vous de larrestation de Daher Ahmed Farah, le leader du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), lun des partis membres de la coalition dopposition aux dernières législatives ? Légalement, il ny a pas de limitation du nombre de partis. Mais, multipartisme intégral signifie que nimporte qui peut former un parti. En réalité, ce nest pas cela. Il y a beaucoup dobstacles qui sont pour nombre de gens, insurmontables. Dabord, il y a lobstacle financier. Pour créer un parti politique à Djibouti, le gouvernement impose le paiement dune somme qui constitue un véritable racket. Cette somme ne correspond pas aux frais de dossier qui viennent en supplément ; elle ne correspond ni à une taxe, ni à un impôt, ni à la cession dun service rendu. Quiconque voudrait créer un parti politique, en dehors des conditions territoriales, ethniques, administratives, doit débourser 2 millions de francs Djibouti. Alors, ne peut créer un parti politique à Djibouti quun riche commerçant, un voleur impuni ou bien un héritier fortuné. LNA. Il y aurait des voleurs impunis à Djibouti ? Partout ailleurs, on peut créer un parti politique par simple déclaration. Il suffit de présenter un extrait de casier judicaire vierge, une attestation de bonne moralité et une liste de gens qui sont daccord sur un statut. À Djibouti, il faut trouver de largent et fournir un tas de papiers quil faut timbrer, donc payer encore des timbres fiscaux, etc. Le multipartisme est donc intégral, dans le sens où le nombre de partis nest pas limité, mais les conditions imposées le rendent presque impossible. Et puis on a limpression que cest un multipartisme toléré, simplement toléré, que cest le fait du prince qui est appliqué en la matière. LNA. Ce quil a dit dans cet article est vrai ? LNA. Rappelons que le Département dÉtat américain a soulevé plusieurs manquements graves au respect des droits de lhomme à Djibouti, comme labsence dindépendance de la justice, le harcèlement des membres de lopposition, le non-respect de la liberté dexpression. LNA. Voice of America a parlé de lemprisonnement de Daher Ahmed Farah. La radio américaine a donné plusieurs fois la parole au représentant Afrique de Reporters sans frontières (RSF), qui a dénoncé larrestation injustifiée de "DAF" et les saisies de matériel du journal. Cette radio, qui fut en son temps accueillie très favorablement par le pouvoir, se retournerait-elle contre lui ? LNA. Avez-vous remarqué, cette tendance américaine actuelle, à voir du terrorisme dans les pays où les intérêts US ne sont pas implantés mais sur lesquels ils ont des visées
Quand ils sont bien implantés, le terrorisme disparaît comme par enchantement. Djibouti na pas été choisi au hasard. Il réunit plusieurs conditions. Dabord, sa situation géographique et la nature géophysique du pays. Il y a la mer pour lentraînement naval ; le désert, les montagnes, les plaines, toutes sortes de terrains dentraînement pour toutes sortes darmes, y compris des bombardements aériens avec des bombes réelles. Cest un pays peu peuplé. Ensuite, il y a les conditions météorologiques. Ils peuvent sy entraîner 365 jours par an. Et enfin, de par sa situation géographique, Djibouti est à proximité des zones sensibles. Djibouti a été choisi pour tous ces avantages qui nexistent pas ailleurs. Si les agissements du pouvoir djiboutien précarisent cette situation, par des troubles politiques, économiques, sociaux, ils ont intérêt à ne pas se taire. LNA. Précisément, si on se réfère à la position stratégique de Djibouti qui intéresse les Français depuis tout temps mais qui intéresse aussi maintenant, vivement, les Américains, et peut-être dautres, croyez-vous que ces puissances pourraient accepter le principe dune alternance démocratique à Djibouti ? LNA. Le pouvoir aura au moins réussi cela, lunification ethnique. LNA. Cest votre analyse, mais pensez-vous réellement que les puissances étrangères présentes à Djibouti, perçoivent les choses de la même manière ? LNA. Leurs intérêts ne sont peut-être pas les vôtres
LNA. Plus que les Français ? LNA. Revenons à lopposition. Quels sont les moyens dexpression de lopposition djiboutienne aujourdhui ? LNA. Oui, théoriquement vous avez accès à tout cela. Mais, objectivement, quand on voit quun des leaders de lopposition est emprisonné au secret parce quil a écrit un article qui na pas plu
Et dans la mesure où vous navez pas accès aux grands médias audiovisuels, comment faites-vous pour vous faire entendre à Djibouti ? LNA. Pourquoi, nêtes-vous pas en prison vous aussi ? LNA. Vous venez de dire : « DAF gêne plus que moi. » Pouvez-vous développer ? LNA. Sur le plan de lapproche politique, quest-ce qui vous différencie ? LNA. Ce que je voulais dire, cest plutôt sur la façon dappréhender laction politique. Quelles sont les caractéristiques des deux styles politiques ? LNA. Le gouvernement évoque régulièrement le risque de tribalisation de la société djiboutienne. Dans un article de la Nation, je viens de lire que le pouvoir refuse daccorder des licences pour la création de radios privées à Djibouti, affirmant quelles seraient utilisées pour renforcer les sentiments tribaux. Il cite lexemple de la radio des Milles collines au Rwanda. Il a fallu trouver une direction à ce parti unique. Généralement cétait le président ou le chef du gouvernement. Et étant donné quil était né dans une tribu, le parti devenait sa chose à lui et, à travers lui, la propriété sa tribu. Cest ainsi que ce système de parti unique a constitué le soubassement même du tribalisme, du système tribal, de ladministration tribale. Alors, refuser la liberté dexpression puisque la création dune radio privée est une contribution à la liberté dexpression sur cette base, est absurde. Actuellement, à Djibouti, la radio nationale appartient au régime et le régime est dirigé par quelquun qui est né dans une tribu. Et au sein de son régime, on retrouve de préférence des gens issus de sa tribu et la direction de la radio ou du journal sont exercés aussi par des membres de la tribu du président. LNA. Vous disiez précédemment que le pouvoir avait réussi à mélanger les origines ethniques au sein du gouvernement. Cela ne joue pas sur les médias ? LNA. On ma dit quil y avait eu récemment des appels du pied de la Première Dame de Djibouti vers Ahmed Dini, est-ce vrai ? LNA. Donc, selon vous, le fait est faux. Et sil est possible, ce serait une initiative personnelle de la Première Dame. LNA. Il se dit quun cousin proche dIsmaël Omar Guelleh aurait été égorgé à Balbala. Avez-vous des informations à ce sujet ? LNA. Autre chose, comment analysez-vous le rôle à Djibouti des pays du Golfe ? Leur attitude a-t-elle évolué depuis lintervention américaine en Iraq ? LNA. Concernant les relations régionales, on relève toujours des conflits dintérêts ; par exemple, dans le règlement de la crise somalienne. On a parfois limpression que les pays de lIgad, dont Djibouti, ne sont pas pressés de voir aboutir les négociations au Kenya.
(2) Monsieur Dini se réfère à un précédent entretien avec Les nouvelles dAddis, le 18 juin 2002, où il avait notamment déclaré : « Peut-être que je vous surprendrai en disant quil ny a pas quune seule coopération française avec lAfrique. Après avoir longuement observé cette coopération, jai cru déceler quil y en a trois sortes. Il y a la coopération continuit, il y a la coopération connivence et il y a la coopération ruptur. La première signifie que la France continue à faire doucement avec les États indépendants ce quelle faisait fortement quand elle avait la souveraineté directe sur ces pays : financer un petit peu léducation nationale, la médecine et quelques autres domaines scientifiques ou techniques. Cest la coopération continuité, pour laquelle le financement de la France consiste généralement à envoyer des techniciens, des enseignants, des ingénieurs La coopération connivence cest le soutien aux dictateurs, qui ne tient pas compte des besoins des pays, mais où, de temps en temps, on donne un ballon doxygène à la dictature ; pour quelle ne tombe pas, quelle ne se dissolve pas dans la misère, sa tête est maintenue hors de leau lui permettant de se maintenir à la tête du pays. Et la coopération rupture, cest celle qui correspond aux besoins du pays, qui met en place des infrastructures, qui crée des ressources pour quun jour le pays puisse se prendre lui-même en main pour subvenir à ses besoins. Jusquà présent, chez nous, nous avons connu les deux premières formes de coopération, la coopération continuité et la coopération connivence. Nous considèrerons quil y aura un changement de coopération si la France ouvre la porte à la coopération rupture. Cest-à-dire à la création dinfrastructures, à laménagement du territoire, à la création de richesses pour quun jour le pays subvienne à ses propres besoins. » (3) Le dossier a été déposé à ladresse de M. le sénateur Jacques Legendre, secrétaire général parlementaire de lAssemblée parlementaire francophone (APF) et de Mme Monique Pauti, secrétaire générale de lAssociation des cours constitutionnelles partageant lusage du français (ACCPUF), Paris, 28 avril 2003. Cet opuscule de 88 pages, présenté par Ahmed Dini Ahmed au nom de lopposition djiboutienne, comprend la lettre au sénateur Legendre et à Mme Pauti plus 20 documents en annexes. |
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Entretiens politiques concernant Djibouti Aref Mohamed Aref, Tous les entretiens réalisés par Les nouvelles d'Addis |
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